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[CARTE POSTALE] Photographier Charlotte quand s’en revient la lumière

Charlotte's Thong_Nils Savoye à la Darse du fond du Rouvray

Je déambule sous la lumière froide de l’hiver. On a eu un mois pénible sans soleil, brumeux. Comme s’il était lui-même en hibernation, sans se soucier qu’on a besoin de lui pour vivre. C’est comme si cette nouvelle lumière nous révélait la période dont on sort. On l’avait oublié. On avait oublié ce corps qui chauffe non pas parce qu’il est adossé à un radiateur mais parce qu’il est exposé à cette bonne étoile, tout simplement.

Une inévitable fossette point à l’interstice de mes joues. La joie est là et amène son lot d’accessoires. Je plisse les yeux et vois d’heureux déridés passer, affublés de lunettes de soleil. D’autres plus téméraires tentent une robe et j’imagine le vent frais caresser de doux endroits. Les sensations renaissent et chacun revit une intimité presque oubliée.

Pour ma part, je jauge les dessins qui renaissent sur les bâtiments de mon quartier. Je passe le long du canal et le soleil prend toute sa force dans ces dessous de balcon qu’il assombrit. Il les assombrit pour mieux les éclairer, se reflétant dans l’eau du canal et dispersant ainsi ses vagues de lumières dans un terrain plus propice à les recevoir.

Je ralentis ma marche et me concentre sur le rythme de Connan Mockasin qui me chante le string d’une certaine Charlotte. Je l’aime cette Charlotte, les nappes de sa guitare renvoient à celle de cette eau qui clapote doucement. Je regarde alors les Charlotte qui m’entourent et me demande lesquelles cachent un string là où le soleil ne perce pas.

Toutes ces choses qui sont belles à voir et qu’on ne saurait conserver autrement que par des mots. Les fixer avec mon appareil photo serait inutile, on perdrait le léger balancement de la lumière, le rythme d’une onde ou encore le détail du vent qui hérisse les poils d’une nuque. Je contemple tout comme Connan doit le faire avec sa Charlotte. Le paysage ne peut m’écouter donc je lui parle par la pensée, je lui dis qu’il est beau et qu’il m’émeut comme la découverte des dessous de Charlotte le ferait.


Le son : Charlotte’s Thong de Connan Mockasin

Le texte : Nils Savoye. Pour lire sa première carte postale c’est ici.

Le visuel : Photographie de Nils Savoye. Darse du fond de Rouvray (Paris XIX), Canon AE1 argentique, Kodak Gold ISO 200.


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