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[CARTE POSTALE] Les enfants de la plage sont merveilleux

Le bon sens des Normands, une photo de Nils Savoye pour un article sur L'Escamoteur

Cet été, ce qui m’a le plus surpris c’est l’ambiance générale. Plus particulièrement, je suis allé à Granville (Normandie) alors que je n’étais pas allé à la plage depuis plusieurs années. J’étais allé à la plage bien sûr, mais la plage de villes où les gens continuent de vivre et où donc les vacanciers se mêlent aux autochtones, sans que l’ambiance générale en prenne vraiment un coup.

Mais là, c’était différent. Les gens souriaient. Un enfant sur deux avait une glace dans la main et sur le visage. Le soleil tapait fort et plutôt que de recourir à une clim bruyante nous allions régulièrement nous baigner en prenant soin de ne pas entrer en contact avec les méduses.

Nos préoccupations étaient différentes et celles du monde aussi. Le problème n’était plus le métro une énième fois en panne mais plutôt le poissonnier qui va fermer car on a trop traîné sur la plage, ou encore le dos strié de rouge car untel s’est tristement encrémé tout seul.

Le routine était celle des vacances, en même temps que je percevais bien la rétiscence, l’impossibilité de certains à plonger dans le grand bain. Ce genre de moment où l’on a envie de se faire prescripteur du bonheur mais où l’on sent la bêtise de cette démarche.

Mais non, un enfant m’a montré le chemin et j’ai adoré sa simplicité. Entre deux bains et sans lunettes, je distinguais mal un quatuor s’avancer vers moi. Equipés de tout le nécessaire, trois jeunes suivaient leur mère. On était sans doute sur un combo primaire primaire collège. L’aînée avait en tout cas cette apathie des ados qui font la gueule et voient le bonheur comme la lumière au bout du tunnel construit par leurs parents. Sa mère propose à tous de s’asseoir et elle fait la gueule. Le soleil chauffe et les gens sourient dans leurs maillots mais elle porte un pull et elle fait la gueule.

Certains l’ignorent et personne ne la menace ou l’insulte dans l’idée que ça cesse. Il y a juste son cadet qui dit le plus justement du monde : « Mais Aïda, c’est dingue ça ! On est en vacances et toi tu souris jamais. T’arrives pas à profiter quoi ! »

Le tout dit comme une incantation, une sorte de Socrate qui confronte ses interlocuteurs à l’absurdité de leur pensée ou leurs actes. Sans malveillance, sans méchanceté aucune. Juste parce que c’est dommage, et que le petit est presque triste pour sa sœur qui effectivement n’arrive pas à profiter. Il était plein de bon sens et sans doute avait-il sept ans.


Le son : Bad Boys de Marseille d’Akhenaton et la FF. Un petit bijou à 90 balles sur Discogs.

Le texte et le visuel : Nils Savoye Photo prise avec un Canon AE1, pellicule couleur 400 ASA. Début de pellicule, d’où la déchirure qui masque l’identité de mon cher neveu – c’est la main de ma nièce.


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