#2 – L’Escamonaute. Troisième partie : Bleue comme une orange

Bleue comme une orange par Julie Savoye et Marion Bonneau

Je relance la propulsion de la navette, son bourdonnement reprend. Plus rien ne m’attache ici et il ne me reste qu’à partir à la recherche d’une autre planète orange ou rouge ou verte.

Ou bleue ? Quand j’étais petite Maman me lisait dans un vieil atlas l’histoire d’une planète bleue qui, disparue, avait emporté avec elle cette couleur qu’on ne retrouve nulle part aujourd’hui. Le sol était bleu, le ciel aussi. Ce n’étaient pas les mêmes bleus et nous leur donnions des noms différents. Un peu comme notre rouge, ils pouvaient être plus ou moins foncés, plus ou moins dilués, plus ou moins réels en somme.

Une étoile protégeait cette planète du froid et le temps y était changeant. On ne pouvait toucher le ciel mais le sol était visqueux et changeait de consistance selon la température. Parfois, en augmentant, elle transformait ce bleu visqueux en des masses compactes qui s’élevaient dans le ciel. Elles parcouraient alors la planète avant de redescendre là où bon leur semblait, sous cette même forme visqueuse.

D’autres fois, cette viscosité durcissait avec le froid pour se transformer en blocs blancs. Ces derniers, solidaires, s’étaient rassemblés à un endroit de la planète pour former le plus grand des blocs blancs. C’est là que nous étions nés. Nous, blancs et massifs. Maman me racontait alors nos vies passées à manger ce qu’ils appelaient du poisson.

Elle me racontait aussi que toute sa vie Papa avait cherché cette planète sans jamais la trouver. En effet, l’atlas mentionnait sans date précise l’arrivée sur la planète bleue d’autres étoiles contre-nature. Ces dernières n’étaient plus dans le ciel mais dans cette même viscosité qui composait le sol, ne réchauffant plus la planète mais la brûlant à la place. Ce faisant, le sol durcissait de moins en moins et le monde se ternissait. Nous, les blancs, gardions notre couleur originelle tandis que le bleu devenait le rouge et le vert que nous connaissons aujourd’hui.

C’est le dernier souvenir qu’on a de cette planète. Je me souviens alors du dessin que Maman me montrait, celui que Papa m’a donnée et que quiconque pourrait voir en montant dans mon vaisseau. Une famille était là, blanche comme le sol, entourée de ces couleurs que j’ai toujours connues et qui pour eux étaient étrangères, anormales. Leur bleu avait été là mais n’y était plus. Un écriteau, porté à l’unisson, indiquait RENDEZ-NOUS LE BLEU.

Triste, je me remémore tous ces noms de planètes que j’ai visitées et me demande si je ne suis pas finalement déjà allée sur cette planète bleue. Je pense que je ferais mieux de l’oublier et de profiter de ce qui s’offre à moi ici.

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ESCADAVRES EXQUIS. Définition : Des œuvres à six mains qui mélangent illustration, récit et hasard.

II – Le texte :
Le premier rédacteur A rédige un texte. Il transmet sa dernière phrase au rédacteur B. B doit continuer le texte de A. Cette étape peut se répéter à l’infini.

I – Le dessin :
Une personne A’ reçoit les texte A+B. Il doit imaginer un dessin qui illustrerait les deux textes. Il envoie le quart droit de son dessin à B’. B’ reçoit un quart droit de dessin, et les texte B+C.


La Terre est bleue comme une orange. Le deuxième épisode intitulé Le Panier, finissait par une phrase de Pierre-Yves Liberatore que vous trouvez en gras au début de ce texte. Ici, le texte est prolongé par Nils Savoye. La partie gauche du visuel est de Marion Bonneau. Pour la partie droite c’est Julie Savoye.

La suite, qui repart du visuel de Julie et de la dernière phrase de ce texte (en gras ci-dessus), est à découvrir dans le quatrième épisode. Il y en a Sept en tout, qui forment une boucle.