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[PARIS XIX] La Rotonde de Stalingrad : lieu de passage

Rotonde de Stalingrad dessinée par Luce Terrasson pour L'Escamoteur

En suivant la ligne 2, de Colonel Fabien à Stalingrad

C’est là qu’on a rencontré Paul pour la première fois. Enfin non, pas tout à fait, c’était vers Colonel Fabien, sur la ligne 2, l’ancienne place appelée “animaux”. Après le 104 services funéraires, dernier article de notre série sur le dix-neuvième arrondissement de Paris, voici un lieu aussi marqué par la mort. D’abord, celle des condamnés, sur le gibet qui trônait au milieu de la place. Puis, celle des animaux mis à mort lors de combats. Le Nord-Est de Paris est marqué par la mort. La périphérie est un lieu de mort, un lieu à part, où on met à l’écart ce qui n’a pas sa place au centre, à la lumière. De Colonel Fabien à la Rotonde de Stalingrad, on suit donc le boulevard, jusqu’au canal.

Quand le métro remplace les remparts

En 1785, à la place du métro aérien, des remparts se dressent. Une porte est ouverte entre Stalingrad et Jaurès, au niveau de la jonction du canal Saint-Martin et du canal de l’Ourcq.

La rotonde de la Villette, ou barrière Saint-Martin, est l’une des barrières d’octroi du mur des Fermiers généraux.

Doc quoi ? L’octroi, c’est une idée toujours familière, un péage. Le fermage – perçu par le fermier général – est le montant d’un loyer dû au propriétaire. Bref, du jargon de droit qui nous perd, des homonymes, des exceptions, toutes les raisons qui font que la langue française est belle mais n’est pas la langue la plus parlée dans le monde. Bref, le fermier général est un percepteur et gestionnaire d’impôts. 

Le « mur murant Paris rend Paris murmurant » (Beaumarchais)

Il se trouve qu’en 1784, la construction d’une enceinte tout autour de Paris est lancée afin de contrôler les marchandises entrant dans la ville et de percevoir les taxes aux points de passage. Vous imaginez la popularité du mur qui servait à mieux percevoir les taxes… Cette entreprise a été considérée, par Beaumarchais notamment, comme une des causes d’un mouvement de Gilets Jaunes, celui qui a fini par prendre la Bastille. Pas la 5 à Bastille, la Bastille, la vraie. Un certain 14 juillet 1789.

C’est l’architecte Claude Nicolas Ledoux qui s’occupe des plans, et la Rotonde est un de ses bâtiments les plus imposant. On imagine la tête du voisinnage devant cette rotonde néo classique, statues d’inspiration antique, base de croix grec, piliers et corniche dorique, fronton, métope et triglyphe. Cette “propylée” n’est pas vraiment ce qui se faisait dans le quartier, quoiqu’elle avait des petites sœurs, les barrières toutes proches de la Villette et de Pantin.

Autant d’informations que tu pourras replacer au prochain pique nique molki pétanque au canal de l’Ourcq.

Taxe ou impôt ?

Il est toujours question de marchandise et de perception de thune à la Rotonde, mais ce n’est plus l’État qui se charge de ce commerce. La mairie a décidé, peut-être en hommage à la fonction première de la Rotonde, d’exposer au public ses plus belles barrières. Tellement de barrières qu’on en voit presque plus les rats. La barrière pour empêcher le deal, parce que oui, la Rotonde et la place Stalingrad sont bien le marché parisien du crack. Cette substance magique est un mélange de cocaïne et d’ammoniaque qui te promet beaucoup mais ne t’emmène pas loin, pas pour longtemps. Crackopolis comme l’appelle Jeanne Robet, ce quartier entre la station de métro Stalingrad, la Rotonde et les immeubles des orgues de Flandre. Le lieu de vente, de consommation, de vie et de mort.

Et tout ça devant un vestige de l’autorité royale qui a traversé deux révolutions et la Commune, trois guerres avec l’Allemagne et surtout, qui a survécu au tracé du métro. Le bâtiment est classé en 1907, donc 4 ans après la construction de la deuxième ligne de métro, oui je dis bien 4 ans après, ce qui fait bien une construction en 1903. La ligne 2 du métro est bien, comme son nom l’indique, la deuxième ligne du métro parisien. Un tout grand merci aux ingénieurs pour ce tracé sinueux qui nous fait éviter le bâtiment. On aurait raté un lieu pour danser assez sympa et pas trop cher.

Signature et crédits :

Le son : Lieu de fête, on a souhaité illustrer cet article par un djset écoutable en ces lieux il y a de cela près de trois ans. C’était l’Ibérique Jose Rico.

Le texte : Pierre-Yves Liberatore

Le visuel : Luce Terrasson

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