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[CARTE POSTALE] La patate à Bogota

Bogota par Hugo Rémusat pour L'Escamoteur

Chère Mifa*,

Nous quittons à l’instant la poste centrale de Bogota à laquelle nous avons confié une dizaine de missives illustrées dans l’espoir naïf que l’une d’entre elles te parvienne un jour. L’encre aura bavé et le carton sera racorni mais elle sera là, au coin du feu, entre tes mimines noircies par 4 heures de jardinage intensif. La carte postale que nous t’adressons exude quatre semaines d’émerveillement(S). D’une cordillère à l’autre, tes enseignements accompagnent nos papilles dépaysées.  C’est décidément par le palais que je voyage.

Je trouve la grâce jusque dans les recoins d’une écuelle remplie de haricots rouges crémeux à la coriandre sauvage servie sans cérémonial par un indien Wiwa lors d’une “halte tourista” sur les hauteurs humides de Santa Marta.

A Sogamoso, “Ville du Soleil” ma foi fort grise et fort pluvieuse, nous boudons la cartonneuse pizza aux pruneaux (si, si!) consommée la veille sur la plaza central. Notre rédemption gustative a lieu chez le primeur du coin. 

La torpeur de la patate calibrée de notre carrouf national est balayée par l’excitation candide d’un arracacha, ce légume-racine des Andes qui développe après cuisson un “goût intermédiaire entre le céleri, le chou et la châtaigne grillée.” Les tomates, dont les X variétés proposées chatouillent nos narines, sont à leur place, au rayon fruits. A côté d’un cadi plein à craquer, se tient une mamacita rondouillarde. Goguenarde, elle toque sur l’ananas que je viens d’extirper de l’étal et m’indique qu’il n’est pas mûr. Elle attrape méthodiquement ma main hésitante pour la poser sur chaque fruit exotique qui croise notre chemin jusqu’à la caisse. Je ne sais toujours pas choisir un melon de Cavaillon mais je saurais vous rapporter le lulo de tous les lulos. 

Je te raconte pas l’gueuleton…

Câlins,

Léa 

* Comprendre « famille » en verlan et doux surnom donnée à ma grand-mère normande.


Le son : “Les tambours font vibrer votre corps et le font réagir de manière instinctive, spontanée. C’est alors que vous sortez de vous-même et oubliez tout ce qui vous entoure. Plus rien n’importe.” Toto la Mompesina.

Le texte : Léa Richard

Le visuel : Photographie de Hugo Rémusat  

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