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Traits de Marie #5 – Giorgio Moroder & Co

Giorgio Moroder, un dessin de Marie Casaÿs pour L'Escamoteur

Faisons ça étapes par étapes, en remontant le temps. Les Daft Punk sortaient en 2013 un album en s’entourant de figures mythiques de la dance music. Parmi eux, Giorgio Moroder, qu’on entendait raconter ses débuts pendant que les casqués préparaient l’ambiance. Le titre, d’une étonnante facilité : Giorgio By Moroder. Il y expliquait son amour de la musique, parlait de ses premiers concerts en Allemagne, puis relativement vite il abordait cette idée de “sound of the future“. Il voulait être l’instigateur de ce son du futur. Or, dans les années 1970, qu’est-ce qu’on appelle le futur en termes musicaux ? Ecoutez notre mix et lisez notre petite histoire de ces musiques, entre (italo-)diso, Hi NRG et avec du sexe un peu partout.

1976 : Knights In White Satin ou le slow disco

Nights In White Satin est un hit des Moody Blues datant de 1967. Le compositeur l’écrit en repensant à son ex qui lui avait offert des draps de satin. Niveau mignardise on est peut-être au niveau d’un “J’ai encore rêvé d’elle”, quoiqu’un chouïa plus évolué. Ce hit a forgé l’adolescence de ceux nés dans l’Occident du début des années 1950. Le premier slow de toute une génération, à ranger aux côtés du Dilemma de Nelly et Kelly Rowland pour les jeunes des années 90. Premier titre de notre minimix : Giorgio reprend ce titre en conservant l’idée d’un tempo lent, et en fait un morceau disco de 15 minutes où il susurre. Des Nights on passe aux Knights, l’ajout d’un K change les nuits en soldats, et clairement ça sent le cul.

1977 : From Here To Eternity et toute puissance de l’électronique

En 1977, Giorgio Moroder commence super fort en composant le premier hit avec une instru totalement électronique : I Feel Love, taillé sur mesure pour Donna Summer. Le tube fondateur de la electronic dance music. Désireux de transformer  l’essai et toujours dans l’idée de promouvoir un son du futur, il veut faire un album entièrement électronique. C’est le projet de From Here To Eternity.

“Only electronic keyboards were used in the making of this album, All played by Giorgio Moroder.” Voilà ce que je peux lire sur ce vinyle que j’ai hérité de la collection parentale. Jeune je me moquais de ce ringard à moustache avec son nom sonnant un peu soirée camping. Puis lisant des trucs et écoutant justement ce morceau de Daft Punk, j’ai tilté. C’est le même mec ! Le ringard était en fait un mec du futur en 1977 ! La face A de cet album tient d’un tenant et ne constitue qu’un morceau, littéralement un mix de 16 minutes commençant et finissant par From Here to Eternity – le dernier morceau de notre mix. Un an après les Stones sortaient leur mythique Miss You, juste histoire de vous situer l’ambiance.

Moroder et les autres

Si nous avons concocté un minimix exclusivement de Giorgio, il n’est pourtant pas toujours seul ici. Donna Summer d’abord, une de ses érégies avec qui il a fait des tubes disco à la pelle : Bad Girls, Hot Stuff… C’est donc l’homme plus ou moins de l’ombre qui tient les manettes. Même rôle joué avec Roberta Kelly dont vous pouvez entendre le Trouble Maker dans notre mix. Il compose, elles chantent, les tubes fonctionnent. Un rouage qui fonctionne tant et si bien que Giorgio a deux facettes : le faiseur des tubes qu’on peut entendre dans les discothèques de la charnière 70-80 ; l’instrumentiste expérimental qui souhaite toujours rester dans cette quête de la musique du futur.

Ainsi, Giorgio ne se restreint pas à la musique, ou en tout cas il l’intègre dans une démarche plus large. Il contribue à de nombreuses bandes originales, parmi lesquelles Midnight Express en 1978 ou encore Flashdance en 1983. Surtout, comme Jeff Mills le fera en 2000, dès 1984 Giorgio propose une version alternative au fameux film muet Metropolis (1927) en incorporant sa musique dessus. Des allers-retours depuis la dance music populaire vers l’expérimentation, d’ici jusqu’à l’éternité.

 

Signature et crédits :

Le son : Minimix ONLYVINYL de Nils Savoye (d’avance navré pour les transitions et les sauts)

Le texte : Nils Savoye

Le visuel : Tout grand merci à Marie Casaÿs pour sa superbe illustration

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