Marie Laveau, la reine du voodoo qui inspire mieux que la peur

Marie Laveau - Un dessin de Mélisande Girard pour lescamoteur.fr

Sorcière mythique de la Nouvelle-Orléans, bien sûr qu’en musique Marie Laveau a inspiré une pelletée de métalleux douteux eux-mêmes inspirés par le bref succès de Tokio Hotel. Oui oui, Tokio Hotel a inspiré des gens, n’en doutez pas. Mais n’ayez crainte, ce n’est pas d’eux que nous allons vous parler. La « Voodoo Queen » ou encore la « Veuve Paris » sera juste un prétexte pour vous présenter quelques champions de la Nouvelle-Orléans ou tout du moins l’ayant chantée.

The most famous voodoo queen that ever existed

On commence avec Bobby Bare, un chanteur de country qui dans un live de 74 met en avant la mante religieuse qu’aurait été Marie Laveau. Dès qu’on la laisse seule, équipée de ses potions, sorts et malédictions, BIM, un homme disparaît. Le tout sur fond d’une fable où un beau gosse viendrait dans son marais pour demander la richesse en échange de sa main. Bien entendu, pas con le type. Une fois riche il lui dit qu’elle est trop laide pour lui et trace sa route. Morale de l’histoire : si Marie Laveau vous demande votre main, vous feriez mieux de lui dire oui.

Bobby en profite pour évoquer les attributs qui sont prêtés à Marie Laveau : un serpent borgne nommé Zombi ainsi qu’un chien à trois pattes. Eh là, oui, on ne peut s’empêcher de penser à l’association de défense des bébés dauphins de miss Brigitte Bardot. Alors… Oui, il y a des rumeurs comme quoi Marie Laveau ne serait pas morte, d’autant plus que sa fille – Marie Laveau II – a continué à exercer après la mort de sa mère en 1881. Beaucoup ont prétendu que c’était une seule et même personne. Nous avons tenté de contacter Brigitte à ce sujet mais n’avons obtenu aucune réponse.

A noter que la reprise du même titre par l’Australien Dr. Hook quelques six ans plus tard a des airs de Zappa égaré sur l’île aux kangourous. Bien plus entraînante et comme le dit la jeune mary Elizabeth sur YouTube « i love this song im 18 and my grandpa got me hooked on it lol ». Marie Laveau nous inspire tous.

Surtout, la musique est un classique de la Nouvelle-Orléans qui à l’image d’autres titres comme Iko Iko ou Big Chief a été joué par pléthore de musiciens, notons par exemple Oscar Papa Celestin en 1954, qu’on vous joint gentiment à la playlist.

Un docteur pour Marie

En 1801, Marie Laveau est la première personne de sa famille à avoir été née libre – son père était un marchand métis et sa femme une affranchie – mais tout de même, qui dit dix-neuvième siècle dans le Sud des États-Unis quand tu es métisse dit « oui, il y a des bonnes et des mauvaises situations ».

A partir de 1820, pour gagner sa croûte une fois veuve elle devient coiffeuse pour la population aisée de la ville. Certains disent que c’est grâce aux potins que les gens délivrent quand on leur coupe les tifs qu’elle devient si clairvoyante : elle sait littéralement tout. C’est l’histoire de la richesse qu’elle a accumulée en vendant son voodoo que raconte Dr. John. Une femme vient voir Laveau et demande des nouvelles de son mari qui l’a abandonnée. Marie fait ses trucs et le retrouve, en train d’en embrasser une autre.

Dans la deuxième partie de la chanson, Dr. John évoque la mort de Laveau et sa tombe, vénérée encore de nos jours. Les dévots y vont et font une requête qu’ils ponctuent d’une croix sur la tombe. Si la requête est exaucée, ils reviennent et entourent cette croix, joignant bien sûr offrandes et autres preuves de leur reconnaissance au geste symbolique.

Un boogie pour Marie, et autres oubliés

Ils viennent en dernier mais c’est parce que comme le disent si bien les gens oublieux : last but not least. En 1971, le premier groupe de rock natif américain à avoir été number one dans les charts internationaux, j’ai nommé Redbone, sort un tube incroyable intitulé The Witch Queen Of New Orleans. Du boogie en veux-tu en voilà, un petit quarante-cinq tours qu’on trouve à 1 euro quand on cherche bien et qui fait toujours son effet. On n’aura qu’à dire qu’il ensorcelle les dancefloors si on veut faire un jeu de mot douteux.

On vous entend déjà dire « eh mais en 2013 Tété il a sorti un titre qui s’appelait Marie Laveau, et vous jamais vous en parlez. Vous vous croyez trop bons pour lui, c’est ça ? » Nos pensées vont aux élèves à qui monsieur Benard a fait apprendre cette chanson. Ces chers petits bambins de cinquième lui ont fait de belles cacedédis sur YouTube, n’hésitez pas à vous en inspirer pour commenter cet article.

Il y a également un très beau blues de Canned Heat et certes ils font parler leurs guitares tellement ils les grattent bien mais on ne comprend quand même pas le discours. Du coup, Canned Heat out of the game. Enfin, une pensée pour Big Chief Alfred Doucette qui chante également Marie Laveau. Parce que Big Chief Alfred Doucette, ça en jette.


Un son : Nous avions parlé de Marie Laveau dans notre podcast sur la magie, en le ouvrant d’ailleurs par la musique de Redbone. Vous pouvez retrouver l’épisode sur notre site ou même votre plateforme préférée.

Un texte : Nils Savoye

Un visuel : Mélisande Girard