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François Kevorkian : du New York des seventies à la Concrete en 2019

François Kevorkian par Cannelle IAMKNL

François Kevorkian (le fameux François K que certains écorchent Kerkovian, Kavorkian, Kervorkian…) a traversé pendant plus de quarante ans le milieu de la fête. Le 18 janvier 2019, 8 jours après ses 65 ans, il passait à la Concrete. 44 ans plus tôt, ce Français arrivait à New York dans l’espoir de devenir batteur. Il y a d’ailleurs une fenêtre de 1 ou 2 mois ou vous auriez pu le croiser au club Galaxy 21, aux côtés de Walter Gibbons. Pour rappel, Walter Gibbons est la toute première personne sur cette planète terre à avoir produit un maxi – entendre par là un tube rallongé (pour faire simple). François K l’accompagnait en jouant… de la batterie.

D’un côté il a ainsi pris goût au DJing et de l’autre la concurrence entre batteurs était bien trop forte à l’époque. Intéressant de voir que cet équilibre est sans doute inversé aujourd’hui, surplus de DJs pour carence de batteurs… Signe de sa rapide et durable réussite : en l’absence du mythique résident Larry Levan, il joue à plusieurs reprises en guest au Paradise Garage.

DJ n’a pas été son seul métier et, même si ça l’avait été, ce métier a changé au fil du temps. La musique passée, d’abord, n’est plus nécessairement la même. Les lieux, ensuite, ont eux aussi changé. Vous l’aurez compris, pour une fois qu’on parle de gens vivants, ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est le parcours de François Kevorkian.

PRELUDE RECORDS

A l’époque, monsieur est autodidacte  et il fait des edits en partant de sa collection de vinyles. Entendez par là qu’il recoupe les morceaux, les duplique, les recolle entre eux pour allonger des parties, mettre en avant tel ou tel solo, accentuer la basse… Un des exemples est son Happy Song de Rare Earth où  il reprend un break de 12 secondes et en fait un trip de 6 minutes, alternant charlestone funky et percussions d’influence cubaine. L’ouverture de notre playlist et un des classiques de l’époque si on en croit les témoignages de danseurs au Galaxy 21.

En tant que DJ stylé, on lui propose en 1978 un taf de rêve chez le label Prelude Records : repérage de talents. Il intègre ainsi les studios du label et se tape, pour son premier remix, le In The Bush de Musique. Ce sera le premier et quasi unique gros tube du groupe, même si on compte parmi ses 5 chanteuses la royale Jocelyn Brown dont vous avez sans doute déjà entendu le Somebody Else’s Guy. Ce label, si lié à son travail en tant qu’éditeur, est donc logiquement dans notre visuel qui reprend le macaron coloré du label.

Après avoir bossé sur des edits de Martin Circus, Empress, Jeanette Lady Day, Unlimited Touch et consorts, François Kevorkian quitte les studios de Prelude en 1982. Il monte 5 ans plus tard sa propre entreprise de studios d’enregistrement : Axis Studios. Simple hasard, il est alors dans les mêmes locaux que… le studio 54, autre club de la scène new-yorkaise alors fermé depuis 2 ans. Notons toutefois que Nicky Siano y a été résident en semaine pendant une courte période. Nicky Siano, c’est un autre pote de Larry Levan qui a été oublié avec le temps mais dont on vous parlait dans un article passé. Un net problème de cocaïne semble avoir joué des tours à sa carrière…

LES DJS SE FONT INTERNATIONAUX

Le métier de DJ change avec le temps et François Kevorkian se retrouve à faire des tournées internationales. C’était un des DJs en vue de New York, désormais c’est à l’étranger aussi qu’il va connaître la consécration. En 1992, avec son compère du Paradise Garage Larry Levan il fait une tournée au Japon, le Harmony Tour. Larry Levan décède en novembre de la même année tandis que Kevorkian devient la coqueluche du monde de la nuit, faisant des dates dans les clubs les plus importants de l’époque (la Fabric à Londres, le Pacha à Ibiza…).

1996-2002 : BODY & SOUL

Il y a à la même époque un retour aux sources. Le Paradise Garage, où François Kevorkian a fait ses armes, est un lieu mythique, quasiment celui où le concept moderne de boîte de nuit est né. Un club privé, pas de bar si ce n’est de grandes bassines où personne n’a jamais compris ce qu’il y avait dedans, un système son incroyable et une disco qui tend à la fin des années 70 vers la house et consorts.

C’est en souvenir de cet esprit que Kevorkian monte en 1996 avec John Davis les soirées Body & Soul à New York. Quand cela a lieu ? Le dimanche après-midi. Qui sont les DJs ? Kevorkian himself, Joaquin Joe Claussell et… Danny Krivit, « the king of the re-edit ». Un monstre de la nuit qui a tout autant traversé les époques que François K mais no stress, on fera un article aussi sur lui et les plus de 400 titres sur lesquels il a bossé.

CURIOSITE : COSMIC TWINS AVEC DERRICK MAY

Passionné de musique, Kevorkian ne connaît plus de limites. Il évolue avec son temps et se frotte à de multiples genres. En témoigne avec Derrick May son projet de Cosmic Twins où ils balancent de la grosse techno. En témoigne ses soirées plus récentes Deep Space NYC où il mélange gros dub des familles en remixant U-Roy avec des edits de Moloko qui sentent un peu plus la plage d’Ibiza et les meufs dont le bas de cul dépasse du short. Le projet Deep Space NYC est apparemment en standby donc il s’agit d’ouvrir grand les oreilles pour une éventuelle reprise prochaine. Un aperçu sonore s’en dresse ici.

2008 : LA STAR DES GEEKS

Vous souvenez-vous de GTA IV, ce jeu où vous prenez la voiture juste pour écouter du son ? La radio Electro-Choc où vous pouviez entendre Justice, Simian Mobile Disco ou encore Black Devil Disco Club était l’œuvre de Kevorkian. Une playlist assez rigolote à consulter par ici. Pour info, la radio Fusion FM était programmée par Roy Ayers et pour International Funk c’était Femi Kuti, le fils du grand Fela.

En bref, on vous laisse explorer quarante ans de musique à travers le petit tri qu’on vous propose. Et gardez l’oeil ouvert, quand on découvre François Kevorkian on se rend compte qu’il est derrière un nombre incalculable de tubes… Vous vous rendrez compte déjà que pas mal de tubes de Prelude Records ne vous étaient pas inconnus, qu’il est aux côtés d’Arthur Russell sur le Go Bang! de Dinosaur L, qu’il est le co-auteur avec Steven Stainley du Nassau Mix de Obsession de Guy Cuevas (ancien DJ du Palace) ou encore que le riff de You got What It Takes de Bobby Thurston vous rappelle sans doute quelque chose… On a laissé de côté une partie de son travail qu’on vous laissera découvrir tout seul mais il y a du taf avec Depeche Mode, Kraftwerk, The Cure et tant d’autres.

On nous dit dans l’oreillette qu’il y aurait pourtant un retour aux sources en prévision. Le nom des soirées ? Funky Sensation, un nom qui parle pour lui-même mais que vous pouvez très bien rapprocher du langoureux tube de Gwen McRae, repris en 1982 par le non moins célèbre Afrika Bambaataa. Une affaire à suivre de près…

Signature et crédits :

Le son & le texte : Nils Savoye (pour les anglophones il y a ici un article très intéressant sur François Kevorkian qui raconte Larry Levan).

Le visuel : Cannelle Mekki 

Mise à jour le 19 février : merci à François Kevorkian d’avoir bien voulu nous éclairer sur certains points flous voire faux qui s’étaient glissés dans notre récit.

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