Des(-)illusions : les mains guident les corps

des-illusions©-mezan-durville

Cinq, six personnes sont regroupées autour de quelque chose qui semble attirer leur
attention.

Ralentissant à leur niveau, je dévie de mon chemin, faisant quelques pas de côté pour
tourner la tête vers cet attroupement. Cette masse dissimule un homme assis à sa table de
jeu.

Escamoteur, larron, escroc, magouilleur, arnaqueur, charlatan, magicien.

Ce joueur de bonneteau accompagné de ces passants curieux me rappelle une scène, une
image.

L’homme bouge ses mains rapidement afin de perdre ses spectateurs pourtant attentifs,
happés par sa voix qui anime le jeu. L’objet est dissimulé, déplacé, dévoilé, puis perdu de
vue.

Ses mains font des allers retours de plus en plus rapides, elles tourbillonnent autour des trois
gobelets. Puis, leurs mouvements deviennent plus lents, et ce qui les entoure, plus flou. Le
paysage s’évanouit autour d’elles, remplacé par une buée épaisse, comme un souffle
humide envahissant le groupe.

Hypnotisés par les gestes du prestidigitateur, les yeux des spectateurs suivent
inlassablement les mouvements des mains jusqu’à ce que leur corps s’abandonne à leur tour
et se laisse bercer par le rythme. Dans cette lumière blanche diffuse, les membres se
courbent, se plient et dissimulent le joueur de bonneteau sans le toucher. Formant un
cercle, l’agitation des corps empêche le regard de se fixer sur lui.

Cinq, six personnes sont animés par les gestes précis du magicien qui les guide, avec vigueur,
dans une transe silencieuse. Peu à peu, la buée retombe, des gouttes se forment le long de
leur corps. La danse continue, le rythme s’accélère et progressivement, ils perdent l’équilibre
sur le sol glissant et froid.

Une balle en caoutchouc rouge roule doucement pour arrêter sa course à leurs pieds.


Un son : Les Primevères des Fossés de Rouge Gorge, groupe Rennais dont vous pouvez parcourir la discographie ici.

Un texte : Marguerite Kalt

Un visuel : Mézan d’Urville