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1931 : Anthologie musicale de l’Empire

En 1931, on parlait d’Empire pour faire référence aux conquêtes coloniales de la métropole française. Le prestige derrière cette mission que certains qualifiaient de civilisatrice se manifestait de mille et une manières. Certains faisaient des discours enflammés au Parlement. Certains devaient sans doute avoir des discussions de comptoir qui hélas ont encore cours aujourd’hui. Enfin, certains s’organisaient en grande pompe et allaient jusqu’à organiser des expositions coloniales. Aujourd’hui on va vous parler de celle de 1931 qui a eu lieu à Paris et de son anthologie musicale.

L’héritage physique

Cette exposition a laissé moultes traces. L’actuel Musée de l’immigration était alors le palais des colonies. Au sein de cette exposition coloniale dont le slogan était « Faire le tour du monde en un jour », vous trouviez ce bâtiment avec des cartes, des dates… L’éloge de l’Empire et sans aucun doute une vision déterministe de l’histoire : voici comment notre civilisation a brillé au cours des derniers siècles.

On trouve aussi, déjà, des produits dérivés. Les touristes – oui oui, on parle de touristes – repartent avec des petites cuillères en argent. On avait aussi entre les mains des plans financés par Suze. Imaginez des pancartes Greenroom avec de mauvaises pintes à huit euros sous fond d’histoire coloniale. Peu bandant…

L’autre mission

Mais, et c’est étrange, certaines démarches au sein même de l’exposition peuvent nous toucher. S’il y a tout un travail en amont de la réalisation de cette exposition, il y a aussi la volonté de conserver un maximum de traces de cet événement qui demeure incroyable en termes d’organisation.

L’Institut de Phonétique et le Musée de la Parole et du Geste, financés entre autres par Pathé, missionnent le conservateur du musée Guimet – ndlr le musée des arts asiatiques – pour collecter la musique de cet Empire. Photos et films seront également enregistrés mais par Paul Pivot.

Résultera des enregistrements du conservateur et de son assistante quelques 184 78 tours, soit environ 20 heures d’enregistrement. Certes c’est moins fourni que le répertoire d’un Deezer mais vous avez des récits, chansons, dictons et mille autres formats disponibles sans débourser un kopeck.

Anthologie musicale

« vous avez » ? Oui. La Bibliothèque Nationale de France, via sa bibliothèque numérique Gallica, met à disposition l’ensemble de ces enregistrements qui vous offrent une tranche d’histoire plutôt incroyable. Une Anthologie Musicale au sens propre, même si elle soulève quelques questions.

Dans quelle mesure enregistrer cette musique n’est pas déjà lui donner une autre empreinte via les dispositifs utilisés ? Par dispositif, on entend par exemple la perte de l’aspect « live » de la chose, mais également toute considération ayant trait au contexte.

Oui. Tout comme Pierre Desproges n’a pas spécialement envie de rire en présence de Jean-Marie le Pen, qu’en est-il du musicien que le colon vient enregistrer ? Qu’en est-il de jouer une musique dite traditionnelle quand on nous a forcé à parcourir des milliers de kilomètres pour la jouer dans des conditions pas forcément idéales ?

Une multitude de questions qui posent également celle de l’utilisation de ces archives. Mais ça, c’est une autre histoire…

Crédits de cette anthologie musicale

Un son : il y en a pour vingt heures mais voici un titre à prendre comme porte d’entrée -> invitation à la danse. Pour la plupart des sons vous avez un petit descriptif de la région et des photos.

Un visuel : peinés par le passif colonialiste de Suze nous jurons de boycotter la bouteille fusée pour une durée minimale de quinze jours.

Une texte : Nils Savoye

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